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    468 – Oermingen, Alsace Bossue, 1100 hab. (novembre 2023)
     
    « Sometimes I don’t know where this dirty road is taking me », chantait mémorablement Townes Van Zandt dans « Waitin’ Around to Die » (1968), évoquant bien sûr, un tourment éminemment existentiel, mais aussi, on l’a moins relevé, un probable sentiment d’égarement dû aux insuffisances de la signalisation en milieu rural, problème pris à bras le corps à Oermingen (photo 1), par le biais d’un panneau absolument unique à ma connaissance avisé alors que je cheminais péniblement sous une tempête de neige soudaine et assez dantesque ; ayant trouvé porte close au Café du Commerce, c’est dans l’église catholique que je me suis arrêté dans un premier temps pour obtenir un peu de répit du froid glacial, sous l’œil du Christ qui sur le chemin de croix de l’édifice arbore systématiquement une expression d’agacement profond, certes compréhensible puisque tout porte à croire que la crucifixion est une expérience assez pénible, même lorsqu’elle se solde par un happy end.
     
    A la faveur d’une accalmie j’ai pu me diriger dans des conditions plus clémentes vers les hauteurs au nord de la voie ferrée : un centre de détention y a été installé dans les bâtiments d’un camp de sureté de la Ligne Maginot en 1947, et remplit toujours les mêmes fonctions aujourd’hui malgré sa vétusté. Lorsque je me suis enquis de l’origine de la cité située à quelques centaines de mètres du camp, un commerçant voisin m’a confirmé qu’il s’agissait aussi d’une survivance de Maginot, et qu’après avoir logé du personnel de la prison, elle était désormais à l’abandon depuis des années – un projet d’hébergement de réfugiés aurait été envisagé, mais selon mon interlocuteur, « tout le monde était contre [...] j’aurais gardé mon fusil de chasse derrière le comptoir ». De fait, j’ai pu constater que tous ces immeubles identiques étaient vides et souvent ouverts aux quatre vents, symboles malgré eux de la tendance actuelle du pays de Jack Lang et, comme on le voit ici, de générations de Jacques Lang aussi, à préférer se laisser mourir plutôt que de se mélanger.