-
392 – Mollkirch, Vosges, 900 hab. (mai 2023)
L’accueil dans l’unique restaurant du cœur villageois de Mollkirch m’a permis de préciser une hypothèse qui murissait lentement dans mon esprit quant à l’expérience gastronomique du Bas-Rhin aléatoire et dont je livre ici une première ébauche : dans une bonne centaine de communes, la fonction de restaurateur est une corvée qui est imposée à une poignée d’habitants par tirage au sort ou comme punition, quand bien même ceux-ci n’auraient absolument aucune appétence pour ce métier, et ils n’ont pas le droit de refuser et vivent un calvaire à tenir le restaurant ; ainsi ici où lorsque nous nous sommes enquis du menu du jour, on nous a répondu avec lassitude « une entrée et une escalope », menu sommaire servi ensuite sans entrain par une serveuse arborant un t-shirt imprimé enjoignant son lecteur à « sourire, bébé » en anglais, mais qui elle-même refusait avec une ténacité presque admirable de se soumettre à une telle injonction.
C’est donc alourdis d’une part de viande médiocre et d’autre part d’une léthargie communicative sinon virale que C. et moi-même avons péniblement entamé la boucle de treize kilomètres à pied qui devait nous permettre de faire le tour du ban communal, dont les parties urbanisées alternent le rural mignon et, de plus en plus, le pavillonnaire à toit plat ultra-démoralisant, proximité relative de Strasbourg oblige. Il a donc fallu s'élever de quelques centaines de mètres pour atteindre les ruines du Guirbaden, un des plus grands châteaux-forts de la région, et un site assez impressionnant auquel j’ai toutefois encore préféré la vision surprenante des quelques murs subsistant d’une maison forestière d’époque inconnue mais sans doute assez récente, se dressant précairement non loin d’une croix faisant également office de bureau des objets trouvés, tandis que sur la descente de l’autre versant, nous avons avisé un arbre à bob en libre-service, dispositif étant sans doute appelé à se généraliser à l’aube d’un nouvel été caniculaire.