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67 - Keskastel, Alsace Bossue, 1500 hab. (février 2021)
Je nourrissais déjà une certaine fascination pour Keskastel depuis ce jour de juillet 2015 où à la faveur d’un arrêt sur l’aire de l’autoroute A4 entre Strasbourg et Paris située à l'est du ban communal, j’avais découvert un livre d’or (j’adore les livres d’or, et quand je serai président il y aura des livres d’or partout, et surtout dans des endroits WTF comme ça) qui contenait entre autres ce message signé « Marc et Olli » : « Nous avons passé un moment charnel inoubliable sur cette air de repos », sous lequel était apposé une note anonyme mystérieuse affirmant que « ça se schbebifie [sic] pas mal à la croissanterie ». C’est donc avec une excitation à la hauteur du mythe des lieux que j’ai accueilli ce soixante-septième tirage, sous le soleil s’il vous plaît (mais avec un vent extrêmement glacial, on ne peut pas tout avoir), et en y constatant avec plaisir (ici, à un arrêt de bus) que l’expression libre s’y porte bien.
Même si une des boulangeries du village (excellente, d’ailleurs) s’appelle Le Venezuela, il n’y a pas de risque ici de se croire à Caracas ou Barquisimeto : on est à la frontière mosellane et donc en plein dans le dur niveau architecture lorraine, ce qui veut dire concrètement que deux tiers des maisons donnent envie de pleurer ou au mieux d’éclater de rire par une sorte de mécanisme de protection tant leur aspect est hostile ; les corniches en stuc de l’intérieur de l’église catholique néo-classique passent pour la plus grande extravagance baroque du monde à côté. Malgré la rudesse ambiante, tout cela n’est au demeurant pas dénué de charme : on a même croisé une CX qui aurait fait frissonner d’émotion Jacques Chirac dans la cour enneigée de l’ancienne marbrerie et un rare panneau écrit par la Nature elle-même pour tenter de convaincre les riverains de la voie ferrée de ne pas y balancer d’ordures.