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491 – Heiligenberg, Pays de Molsheim, 700 hab. (février 2024)
Si la culture de l’agrume n’est pas une spécialité alsacienne, la grume, pour sa part, c’est-à-dire le tronc d’arbre débité pour finir en scierie, est un élément récurrent du paysage régional, et ce en particulier au bord de la route départementale 1420 qui relie Dorlisheim à la frontière des Vosges en longeant longtemps la Bruche ; c’est là que la famille Siat, où l’on est scieur de génération en génération depuis le dix-neuvième siècle, opère trois sites immenses dont celui d’Heiligenberg est le premier qu’on longe en pénétrant dans la vallée, et dont l’observation depuis le talus jonché d’ordures de la route extrêmement passante m’a procuré une grande et indéfinissable satisfaction esthétique, d’autant plus réjouissante que j’avais passé auparavant trois heures à souffrir d’une humeur assez massacrante, acceptant mal après une nuit trop courte que la pluie soit encore une fois de la partie et avec une telle opiniâtreté.
Outre ce site majestueux, une partie (faiblement) habitée d’Heiligenberg se situe dans la vallée, sous la forme d’une rue dont le tracé suit celui de la rivière, bordée notamment d’une usine désaffectée, d’un ancien restaurant, et de quelques maisons, parmi lesquelles une parcelle de jungle à vendre a été logiquement confiée à l’agence Laforêt, qui sans doute en connaît un rayon en forêt.
Le gros du village, comme son nom l’indique (« la montagne sacrée », référence à une légende affirmant que les pierres de la colline proviendraient d’un château construit par Satan et détruit par l’archange Saint Michel), est toutefois perché au-dessus de la vallée, loin de la circulation, calme et isolé au point que le temps semble par endroits s’y être écoulé un peu plus laborieusement qu’en bas, affichant un aspect un peu vieillot non dénué de charme ; sous un ciel d’hiver humide et obscur, la silhouette altière de l’église néo-gothique en grès et de quelques maisons du bourg aux pierres apparentes refroidissent l’atmosphère, mais cette austérité est contrastée par des initiatives individuelles volontiers bigarrées où la malice tire parfois vers la grivoiserie.