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90 - Fort-Louis, Ried du Nord, 300 hab. (mars 2021)
Si l’Alsace a pour elle d’être indéniablement l’une des régions françaises les plus belles et les plus riches, on ne peut globalement pas dire que les amateurs de déglingue y soient particulièrement gâtés, et c’est pour cette raison précisément que j’ai été ébahi par la découverte de Fort-Louis, une petite cité-microcosme nichée au bout d'un cul de sac à proximité du Rhin, en face de l’aéroport de Baden-Baden, d’où émane une atmosphère de far-west (ou plutôt east) unique, mélange détonnant de rigueur militaire et religieuse et de folie plus ou moins douce.
L'actuel bourg de Fort-Louis, construit selon un plan quasi-parfaitement rectangulaire, a entamé son existence comme simple annexe d’un fort construit par Vauban en 1687, et ses habitants avaient pour fonction principale de ravitailler la garnison. Sa population était quatre fois plus importante en 1793, à l’époque où les troupes autrichiennes ont brièvement pris la place forte lors de la Guerre de la Première Coalition, bombardant et incendiant copieusement le Fort Carré dont il ne subsiste que très peu de vestiges : cela ressemble en gros à quelques terrains de football juxtaposés et entourés de bouts de vieux murs et de digues. Définitivement démis de ses fonctions défensives en 1818, Fort-Louis a ensuite survécu en vivant plutôt chichement de l’agriculture et de l’élevage.
Aujourd’hui, le village, auquel un ancien maire a cru bon de donner son quart d’heure de gloire il y a quelques années en apportant devant les caméras son parrainage à Marine Le Pen en 2012, dégage une ambiance très particulière de bout du monde où la géométrie rectiligne des lieux semble paradoxalement ménager des espaces de bizarrerie totale : une statue de dalmatien trône en plein milieu d’une rue, des herbes folles poussent dans un squelette de voiture ancienne devant une maison, tandis qu’un peu plus loin un bric-à-brac invraisemblable est interdit d’accès par un portail affichant l'énigmatique devise « Etre pour renaître », et qu’un habitant a décidé de consacrer plusieurs murs de sa demeure à un exposé manuscrit épique d’un conflit de voisinage assez obscur.