Développé avec Berta.me

  1.  

    351 – Dinsheim-sur-Bruche, Vallée de la Bruche, 1500 hab. (janvier 2023)

    Le mot « folâtre » ne m’était pas spécialement venu à l’esprit pour décrire le village gris de l’entrée de la Vallée de la Bruche que je sillonnais depuis deux heures un matin hivernal gris, mais au même moment où le soleil perçait alors que je grimpais une rue a priori sans histoires d’un lotissement jouxtant les terrains militaires du fort de Mutzig, j’ai avisé d’abord plusieurs formes étranges puis une maison de sorcière flanquée d’une sculpture à faire passer Le cri pour une gentille pochade, avant de remarquer un panneau annonçant « Le jardin folâtre », jardin dont j’ai appris qu’il était l’œuvre de l’habitant Daniel Lanoux et de plusieurs de ses amis artistes, et qu’il contient aussi une sculpture d’un homme en pleine défécation que je n’ai, à mon grand regret, inexplicablement pas vue.

    Autrefois riche de ses scieries et de ses moulins, dont ceux exploités par la famille Jacquel dans la filature à l’entrée du village, Dinsheim a négocié le tournant de la désindustrialisation avec moins de dommages que certaines de ses consœurs, en se tournant vers le photovoltaïque. Quoique pas en déshérence, donc, sa rue principale un peu défraîchie souffre d’un trafic automobile constant, qui visiblement a déjà été source d’accidents renversants pour les calvaires comme pour les ursidés, et d’une certaine austérité qui fait heureusement ici et là l’objet de flamboyantes ruptures, à l’image du shoot de couleurs vives offert par une doublette de boîtes aux lettres ou de la mosaïque piano d’un des quartiers résidentiels qui ont essaimé sur les flancs de la colline surplombant le centre et la Bruche, le Scheibenberg, au sommet de laquelle se dresse une statue dorée de la vierge à l’enfant érigée en 1875 pour remercier qui de droit d’avoir fait que les Prussiens épargnent la commune pendant la guerre.