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243 - Bissert, Alsace Bossue, 150 hab. (mars 2022)
Petit village bucolique et extrêmement calme des bords du Canal des Houllières de la Sarre, à la frontière de la Moselle et dans le prolongement du port de plaisance de Harskirchen, Bissert se distingue régulièrement par ses scores record pour Le Pen (atteignant 78% au deuxième tour en mai), et sans qu’il me soit bien sûr possible d’établir un lien prouvable avec cette donnée et ma propre expérience de quelques heures à peine, j’ai rarement ressenti une atmosphère de méfiance aussi pesante quant à ma personne que là-bas, étant d’ailleurs rattrapé d’entrée dans la rue par la propriétaire d’une maison deux minutes après l’avoir photographiée ("je n’aime pas les gens qui traînent", m’a-t-elle dit, même si à sa décharge elle s’est montrée polie quand je lui ai expliqué la raison de ma présence) puis ayant eu un taux de réponse quasi nul aux bonjours que j’ai lancés aux rares passants et personnes dans leur jardin.
A part ça, il n’y a aucun lieu de rencontre à Bissert sinon une minuscule église protestante, ce qui contribue peut-être pour part à la peur viscérale de l’autre qui nourrit le vote facho (par souci d’honnêteté intellectuelle je me dois cependant aussi d’envisager l’hypothèse qu’on m’ignorait ou qu’on me regardait avec mépris parce que j’avais une sale tronche de con ce jour-là, bien sûr). Je me suis donc face à cet accueil pour le moins frigorifique concentré sur la contemplation des quelques magnifiques ruines du village, engagées à divers degrés dans des processus de végétalisation semblant plus ou moins irréversibles, étant sûr de ne pas déranger leurs propriétaires, avant d’avoir le coeur réchauffé par un chaton très mignon et affectueux devant la jolie maison rouge près de l’écluse. A l’extrémité ouest, sous un ciel en cours d'ensablement, j’ai avisé une métaphore saisissante de l’année 2022 sous la forme d’un grand tas de lisier au milieu d’un chemin.