Développé avec Berta.me

  1.  

    428 – Beinheim, Ried du Nord, 2000 hab. (août 2023)
     
    Rien n’est simple et une bénédiction, on le sait depuis (au moins) 2020, peut aussi s’avérer porteuse de miasmes mortels : c’est pourquoi des bénitiers automatiques « sans contact » sont apparus dans certaines lieux de culte en 2021, mais l’Église Sainte-Croix de Beinheim n’a pas sacrifié à cette dépense et continue de proscrire l’eau bénite, que ce soit par légitime prudence, par volonté de lutter contre la reproduction du moustique tigre ou par manque de veille sur les évolutions technologiques. En tout cas le message affiché au-dessus du bénitier a pour mérite de rendre limpide une situation complexe, laissant penser de manière peu équivoque que le vidage des bénitiers est une règle immémoriale si ce n’est un commandement.
     
    Reliée à la commune allemande d’Iffezheim par un pont routier sur le Rhin, Beinheim, qui se tente de se distinguer timidement du tout-venant du coin par un sympathique jardin paysager peuplé de géants musiciens, est inévitablement dans les grandes largeurs une ville dortoir pour frontaliers assez étendue ; la partie est du ban, qui se termine sur les rives du fleuve, rituellement parsemées de pêcheurs teutons ventripotents, et son port de plaisance interdit aux badauds, est occupée notamment par une immense usine de l’entreprise agroindustrielle Roquette. Au sud, une poignée de maisons isolées est installée entre la halte-gare partagée avec Roppenheim : un restaurant désaffecté s’est vu imposer la cohabitation insolente d’un distributeur de pizzas pimpant ; un peu plus loin, dans le livre de prières de la chapelle Saint-Vit, une visiteuse appelle le Seigneur à « protéger les riches et les beaux » (on ne pense pas assez à eux), tandis qu’un Allemand partage une élucubration dispensable sur les leçons à tirer de la Révolution Française pour la crise des banlieues.