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125 - Altwiller, Alsace Bossue, 380 hab. (mai 2021)
Nous sommes ici très littéralement dans le Far West alsacien, Altwiller étant en effet la commune la plus à l’ouest de la région. Une fois devant le site du château de Bonnefontaine, abandonné depuis 1926, j’ai été déçu de constater qu’il est fermé au public par d’innombrables panneaux de chantier et parfaitement invisible depuis la route. Ayant localisé une entrée moins décourageante, j’ai entamé un tour du propriétaire, très vite interrompu par… le propriétaire, qui après m’avoir sèchement rembarré s’est laissé amadouer et a consenti à me faire très gentiment une visite détaillée avant de me laisser errer seul dans le domaine tandis que des ouvriers s’employaient à la tache sisyphéenne de la stabilisation de l’édifice. Conducteur de travaux à la retraite, l'homme a hérité du château par son père qui travaillait pour les derniers propriétaires, les Schlumberger. Le bâtiment, dont l’architecture palladienne est exceptionnelle pour la région, fut érigé en 1822 par un homme d’affaires suisse qui espérait y fonder une station thermale. Vidé de ses occupants, il a été investi pendant la guerre par les Nazis puis les Américains.
Après cette plongée vertigineuse dans l’histoire, j’ai poursuivi par un crochet vers l’écluse 16 du Canal des Houillères de la Sarre, puis le Neuweyerhof, remarquable pour ses fermes anabaptistes (autres témoignages de la présence suisse ici). Le village proprement dit, auquel je ne me suis attaqué qu’après deux heures de vadrouille, est lui aussi fascinant, avec son étonnant syncrétisme architectural entre le lorrain et l’alsacien, à l’instar de deux fermes qui allient une construction en longueur sur la route avec une grande porte de garage en façade et des colombages. Le bourg est partiellement sinistré, et juste avant de partir j’ai découvert fortuitement une sorte d’ancien saloon poussiéreux, dans lequel bouteilles de tord-boyaux et magazines sur les armes jonchaient le sol. J’ai quitté ce tableau digne d'une vieille chanson de Tom Waits sur la pointe des pieds : on n’est jamais trop prudent au Far West.